YouTube, le tam-tam planétaire

Publié le par jpep et Le Monde

Qu'en penserez vous de YouTUbe?
Pour nous qui en  vivons l'émergence, c'est une révolution : la télé c'était fait par les autres et on la regardait avec une excessive sacralité, à moins que ce ne soit pour se délasser paresseusement. Désormais,elle est produite par tout le monde et des 4 coins du monde pour la regarder ou non quand on veut.
Elle ne peut plus nous laisser dire "je ne savais pas"; nous n'avons même plus le droit de méjuger. 
Les faits sont là. Mais la désinformation aussi. Et de tomber de Charybde en Scylla. 
Mais qui c'est, ceux là??
Réponse surement dans .... You Tube!
jpep

LE MONDE | 20.11.07 | 13h15  •  Mis à jour le 20.11.07 | 13h16

apez www.youtube.com et regardez les vidéos que des millions d'internautes y mettent en ligne. L'expérience est passionnante. Bric-à-brac planétaire, miroir déformant d'une époque submergée par le numérique, YouTube et ses semblables (DailyMotion, Metacafe...) bouleversent les modes de communication, en incitant les internautes à exhiber à chaque instant leurs vérités et leurs passions.

 De tout un peu, dans un désordre déconcertant : un clip sur les Spice Girls ; des dirigeants de Google discutant du futur système d'exploitation pour téléphone mobile Android ; les meilleurs buts de Maradona ; trois adolescents, "Thomas, Lucien et Nessim", en luge sur la neige, filmés par "Olivier" ; la campagne présidentielle américaine sous toutes ses coutures... En France, quelque 7 millions d'internautes regardent chaque mois YouTube, et ils sont 67 millions dans le monde. Médias de masse, médias alternatifs, YouTube et ses clones sont désormais ancrés dans la réalité sociale. Que signifie leur spectaculaire essor ?

1. La fin de la télé de papa. Les grands-messes façon "20 heures" ont vécu. Place aux contenus générés directement par les utilisateurs. Non seulement les internautes produisent leurs propres "émissions", mais, dans le fatras des vidéos disponibles sur YouTube, ils visionnent quoi bon leur semble. Insensiblement, la fonction "programmation", dont les grandes chaînes avaient le monopole, est passée entre les mains des internautes. Ce n'est pas pour rien que, en 2006, Google a acquis YouTube. A un prix à première vue exorbitant : 1,65 milliard de dollars en actions (1,17 milliard d'euros). Google compte faire de YouTube la chaîne du futur, une télévision à la demande, accessible sur de multiples supports, du portable traditionnel aux téléphones mobiles intelligents.

Les télévisions installées, CBS, la BBC ou TF1, vont devoir évoluer. Sinon, elles perdront leurs téléspectateurs, particulièrement les plus jeunes, au profit de ces sites de partage. Certaines ont déjà passé des accords avec YouTube pour y mettre quelques-unes de leurs émissions en ligne. Mais elles hésitent à aller plus loin, de peur de perdre la maîtrise de leurs contenus, leur raison d'être.

2. La mort lente du copyright. On trouve tout, rayon musiques, sur YouTube : Miles Davis en concert et Karajan dirigeant la Cinquième Symphonie de Beethoven, les clips des Beatles et ceux du "DJ" David Guetta. On y trouve aussi des séries télévisées et des films. En toute illégalité.

YouTube est dans le collimateur des majors du disque et des grandes chaînes de télévision, qui lui réclament des dommages et intérêts colossaux pour ces violations répétées du droit d'auteur. A elle seule, Viacom (MTV, Paramount Pictures...) exige 1 million de dollars de YouTube, qui est poursuivi en France par la Ligue de football professionnel et la Fédération de tennis pour avoir diffusé en ligne des matches "piratés".

YouTube argue de sa bonne foi : il n'est qu'un hébergeur. Ce n'est pas lui le fautif, mais les internautes qui mettent en ligne ces contenus protégés par la loi. Devant l'orage qui gronde, YouTube et DailyMotion s'emploient à retirer de leurs sites les séries américaines, films et clips musicaux qui ne devraient pas s'y trouver. En même temps, les outils de filtrage dont ils disposent sont encore embryonnaires. Surtout, la tâche est colossale. En pratique, ni YouTube, ni DailyMotion, ni Metacafe ne sont capables de supprimer en temps réel les contenus litigieux dont ils sont bombardés. S'ils y parvenaient, ils seraient beaucoup moins attrayants. Sans l'avouer, ils prospèrent sur la mort annoncée du copyright.

3. La politique revisitée. Si l'on tape "Sarkozy" dans la boîte "Rechercher" de YouTube, on tombe sur une vidéo intitulée "Le vrai Sarkozy", qui accable, sur une musique de thriller, le président de la République : "Populiste, ultralibéraliste, sécuritaire..." Une autre vidéo le montre hilare au sommet du G8 en Allemagne, cherchant ses mots devant des journalistes interloqués. Accompagnée d'une légende prétendant que le président était saoul (il ne boit pas d'alcool), cette vidéo a fait le tour du monde. Apparemment, les internautes ne s'en lassent pas.

Que fait le service communication de l'Elysée ? Pourquoi n'a-t-il pas installé sur YouTube, cette agora sans frontières, des séquences favorables au président ? Il y en a, mais dans les profondeurs du site. Sur la même page "Sarkozy" de YouTube, Tony Blair donne une leçon de cyber-savoir-faire au président français. C'est sur YouTube que le "premier" britannique a choisi, en juin, de féliciter le nouvel élu. La vidéo y est toujours.

Les élites américaines, elles aussi, ont compris le parti qu'elles pouvaient tirer des sites de partage. En collaboration avec YouTube, CNN a retransmis au printemps un débat opposant les candidats démocrates à la Maison Blanche. Contrairement à la tonalité dominante des médias américains, les internautes leur ont posé beaucoup moins de questions sur l'Irak que sur le changement climatique, la protection sociale ou les droits des homosexuels. A quelques mois des primaires, ces préoccupations, jaillies des profondeurs de YouTube, n'ont échappé ni à la presse traditionnelle ni aux candidats.

4. Une caisse de résonance planétaire. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, YouTube agrège des contenus "postés" du monde entier. Le hit-parade des vidéos les plus regardées change constamment mais il est très parlant. L'une des plus fameuses montre un comédien en jean et tee-shirt se déhanchant sur Hound Dog, d'Elvis Presley, puis sur YMCA, des Village People, sur d'autres tubes encore. Intitulé "Evolution dance", ce clip de six minutes a été vu... 64 millions de fois.

YouTube est un tremplin où n'importe quel artiste amateur a sa chance. Une formidable caisse de résonance, qu'aucune entreprise "communicante" ne peut ignorer. Renault-F1 a été l'un des premiers à en tirer les conclusions en y installant un clip à la gloire d'Alonso après la victoire de celui-ci en championnat du monde l'année dernière.

Naviguer sur YouTube c'est aussi toucher du doigt, jour après jour, le "clash" des civilisations. L'une des vidéos les plus en vogue en ce moment a pour titre "La vérité sur l'islam, par une ex-musulmane". Les yeux fixés sur la caméra, une dame arabe y dénonce l'"arriération" de cette religion. Les réactions pleuvent : plus de 200 000 commentaires à ce jour pour 1,6 million d'internautes qui l'ont vue.


Bertrand Le Gendre
Article paru dans l'édition du 21.11.07
Publicité

Publié dans actualités

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article